"C'est mon caractère, je suis comme ça !" : et si c'était faux ?

"C'est mon caractère, je suis comme ça !" : et si c'était faux ?

Lundi 18 Mai 2026

Ce que l'épigénétique et les neurosciences disent de notre capacité à changer

"Je suis comme ça." "C'est mon caractère." "J'ai toujours été anxieux·se." "Je suis quelqu'un de colérique, c'est ma nature." "Ma mère était pareille, c'est héréditaire."
Ces phrases, je les entends régulièrement en cabinet. Elles arrivent souvent en début de séance, presque comme un avertissement : ne perdez pas votre temps, je suis comme ça, on n'y peut rien.

Ce que ces phrases ont en commun : elles présentent le caractère comme quelque chose de fixe, d'immuable, presque de génétiquement gravé. Une donnée de départ sur laquelle on n'a aucune prise.
Les neurosciences disent autre chose. Et ce qu'elle dit est bien plus libérateur que ce qu'on croit généralement.

1. D'où vient cette croyance que le caractère est figé ?

Une théorie scientifique devenue croyance populaire

Jusqu'à la fin du XXe siècle, les chercheurs pensaient que le cerveau cessait de se développer dès l'âge de 18 ans. Si le cerveau ne pouvait pas changer, comment pourrions-nous changer nos habitudes ou nos émotions ? La conclusion logique semblait s'imposer : passé un certain âge, on est ce qu'on est. Le caractère est formé, les traits de personnalité sont installés, le destin est tracé.

Cette théorie a depuis été réfutée radicalement, et avec des preuves mesurables.
Mais la croyance populaire, elle, n'a pas suivi au même rythme. On continue à dire "c'est mon caractère" comme on dirait "c'est ma couleur d'yeux" : quelque chose qu'on a reçu, pas quelque chose qu'on a construit, et encore moins quelque chose qu'on peut modifier.

Ce que "c'est héréditaire" veut vraiment dire

Quand quelqu'un dit "c'est héréditaire", il dit souvent deux choses en même temps sans les distinguer. La première : j'ai observé ce même comportement chez mes parents. La seconde, implicite : donc c'est génétique, donc c'est inévitable.

Ce raccourci mérite d'être interrogé. Ce qu'on observe dans une famille se transmet par deux voies très différentes : les gènes, certes, mais aussi les comportements appris, les modèles relationnels reproduits, les réactions émotionnelles imitées depuis l'enfance. Un père colérique peut "transmettre" sa colère à son enfant non pas par l'ADN, mais parce que l'enfant a appris, en l'observant, que c'était ainsi qu'on répondait à la frustration.
Héréditaire ne veut pas dire immuable. Et c'est là que tout commence.

2. Ce que l'épigénétique révèle : vous n'êtes pas prisonnier de vos gènes

Joël de Rosnay et la symphonie du vivant : vous êtes chef d'orchestre

C'est Joël de Rosnay, docteur ès sciences et auteur de "La Symphonie du Vivant", qui a popularisé en France une idée qui bouleverse ce qu'on croyait savoir sur la génétique.
L'épigénétique montre que votre comportement quotidien, ce que vous mangez, l'exercice que vous pratiquez, votre résistance au stress, le style de vie que vous adoptez, va inhiber ou activer certains de vos gènes. Vous êtes comme le chef d'orchestre d'une symphonie, co-auteur de votre vie, de votre santé, de votre équilibre.
Ce que cela signifie concrètement : vos gènes ne sont pas un programme figé qui s'exécute indépendamment de vous. Ils sont plus proches d'une partition. Et vous avez, en partie, le choix de la façon dont elle est jouée.

Le métaprogramme : la couche que vous pouvez modifier

Joël De Rosnay utilise l'image d'un métaprogramme : par-dessus le code génétique, il existe une couche supérieure qui permet de modifier l'expression des gènes, comme pour le volume de la radio. Il est possible d'amoindrir un gène, voire de l'annuler, ou au contraire de le rendre plus fort.
Ce métaprogramme n'est pas figé. Il est influencé en permanence par ce que vous vivez, ce que vous ressentez, la façon dont vous gérez votre stress, la qualité de vos relations, vos habitudes quotidiennes. Vous agissez sur lui, chaque jour, que vous le sachiez ou non.
La question n'est donc plus : "est-ce que je peux changer ?" Elle est : "est-ce que je choisis consciemment ce que j'inscris dans mon métaprogramme, ou est-ce que je laisse l'automatisme décider à ma place ?"

L'image du téléphone portable : ADN, système d'exploitation et applications

Permettez-moi d'aller plus loin avec une image que j'utilise en cabinet pour rendre cela encore plus concret.
Imaginez votre téléphone portable. A l'intérieur, il y a le système d'exploitation : c'est votre ADN, votre code génétique de base. Vous ne l'avez pas choisi. Il est là, il fait tourner la machine. Vous ne pouvez pas le modifier.
Mais sur ce téléphone, il y a aussi des applications. Certaines sont installées par défaut depuis l'enfance : les réactions automatiques, les schémas de comportement hérités, les habitudes émotionnelles construites en réponse à vos expériences. Ces applications, contrairement au système d'exploitation, vous pouvez les désinstaller. En installer de nouvelles. Modifier celles qui tournent en arrière-plan sans que vous les ayez choisies consciemment.
C'est ce que fait l'épigénétique au niveau biologique. C'est ce que font la neuroplasticité et la sophrologie au niveau comportemental et émotionnel.
Votre ADN n'est pas votre destin. Il est votre point de départ.

3. Ce que les neurosciences confirment : le cerveau qui change toute la vie

La neuroplasticité : un cerveau qui se recâble jusqu'à la fin

Si l'épigénétique parle de l'expression des gènes, la neuroplasticité parle de la structure même du cerveau. Et sur ce point, les preuves sont aujourd'hui incontestables.
La neuroplasticité renvoie aux modifications qui touchent à la structure du cerveau. Elles ont lieu tout au long de la vie et sont fonction des expériences vécues. Autrement dit : chaque expérience, chaque apprentissage, chaque répétition d'un comportement nouveau modifie littéralement le câblage neuronal du cerveau.
Les connexions synaptiques se créent, se renforcent ou s'affaiblissent en fonction de ce qu'on répète, de ce qu'on vit, de ce qu'on choisit de pratiquer ou non. Un comportement nouveau, répété suffisamment, finit par créer un nouveau chemin neuronal. Et un vieux chemin peu emprunté finit par s'effacer progressivement.

Ce que les scanners cérébraux prouvent concrètement

Les techniques d'imagerie médicale arrivent maintenant à montrer ces changements du cerveau. Les scientifiques ont pu scanner le cerveau de diverses personnes, avant et après traitement ou thérapie, et observer des changements mesurables, en plus des évolutions comportementales et cognitives.
Des moines bouddhistes pratiquant la méditation depuis des décennies montrent des modifications structurelles mesurables dans les zones du cerveau liées à l'attention et à la régulation émotionnelle. Des patients ayant suivi une thérapie cognitive voient leur activité cérébrale se modifier de façon observable. Des musiciens développent des zones motrices plus denses que la moyenne.
Le cerveau change, bouge, évolue.

Nos traits de caractère ne sont pas destinés à rester figés

Contrairement à la croyance populaire solidement ancrée, nos traits de caractère ne sont pas destinés à rester figés. Les études longitudinales sur la personnalité le montrent : les gens changent, parfois profondément, au fil de leur vie. De par leurs expériences, parfois de par la thérapie, par des pratiques répétées, par décisions conscientes maintenues dans le temps.
Ce que cela implique est simple et vertigineux à la fois : si votre caractère s'est construit, il peut se transformer.

4. "Je suis comme ça" : une habitude déguisée en identité

La stratégie d'adaptation devenue automatisme

Ce qu'on appelle "caractère", c'est très souvent la somme d'habitudes répétées si longtemps qu'elles sont devenues invisibles. Des réactions automatiques, construites progressivement en réponse à des expériences, et qui ont tellement tourné en boucle qu'elles semblent naturelles, innées, définitives.
Les comportements et la façon de ressentir son vécu résultent, implicitement, d'adaptations environnementales, de stratégies gagnantes de survie, et de ce qui a été transmis et appris. Lorsque les conditions de vie ont été difficiles et qu'il a fallu lutter au quotidien, le cerveau de l'enfant a pu apprendre implicitement que la vie est un combat au jour le jour. Adulte, la personne aura le profil de devoir lutter, pour des situations qui n'impliquent pas de combat.

Le mécanisme est toujours le même : une situation, une réponse qui a fonctionné, une répétition, un automatisme. Le cerveau a appris. Et maintenant il propose cette réponse à chaque fois que la situation ressemble, de près ou de loin, à celle qui l'a générée.
Colère, anxiété, besoin de contrôle sont des apprentissages, pas une nature
C'est peut-être votre colère. Ou votre tendance à vous effacer. Ou votre besoin de tout contrôler. Ou cette anxiété de fond qui vous suit depuis l'enfance. Ce ne sont pas des données génétiques immuables. Ce sont des stratégies d'adaptation, apprises dans un contexte particulier, qui ont continué à tourner bien après que ce contexte a disparu.
La colère de l'enfant qu'on n'entendait pas autrement. L'effacement de celle qui avait appris que prendre de la place était dangereux. Le contrôle de celui dont l'environnement était imprévisible et potentiellement menaçant. L'anxiété de la petite fille dont les parents s'inquiétaient de tout.
Ces stratégies ont été intelligentes. Elles ont protégé, adapté, permis de survivre dans un contexte donné. Elles méritent d'être reconnues pour ça, avant d'être remises en question.

Votre histoire n'est pas votre destin

Ce n'est pas votre "nature". C'est votre histoire. Et reconnaître cette différence change tout.
Votre nature, vous ne l'avez pas choisie. Votre histoire non plus, du moins pas au début. Mais la façon dont vous vous positionnez par rapport à elle, aujourd'hui : ça, c'est un choix. Pas un choix facile. Pas un choix qui se fait en un jour. Mais un choix réel, soutenu par ce que la science dit désormais avec certitude : le cerveau peut changer, les comportements peuvent évoluer, et rien dans votre caractère n'est condamné à rester ce qu'il est.

5. Mais alors, pourquoi c'est si difficile de changer ?

Le cerveau qui protège ce qui a fonctionné

C'est la question légitime qui vient immédiatement. Si le cerveau est plastique, si les comportements sont des habitudes, si l'épigénétique est réversible, pourquoi se retrouve-t-on toujours à réagir de la même façon, à répéter les mêmes schémas, à se retrouver dans les mêmes impasses ?
Ces réactions s'avèrent avoir des conséquences inadaptées parce qu'elles témoignent d'une carence ou d'une suradaptation des acquis, entraînant des peurs et des blocages non fondés. En d'autres termes : la stratégie a été utile un jour. Le cerveau l'a inscrite comme "efficace". Et il continue à la proposer automatiquement, même quand le contexte ne la justifie plus.
C'est pour ça que se dire "je dois changer" ne suffit pas. Le cerveau ne supprime pas facilement ce qui a fonctionné. Il faut lui proposer une alternative crédible, répétée, et surtout ressentie dans le corps, pas juste comprise dans la tête.

Pourquoi comprendre ne suffit pas : le rôle du corps

C'est le deuxième obstacle. Un changement majeur de la personnalité exige non seulement des opérations intellectuelles ou des actions, mais aussi un processus expérientiel : quelque chose de concrètement ressenti par la personne, une fermentation intérieure.
Vous pouvez comprendre parfaitement pourquoi vous réagissez comme vous réagissez. Vous pouvez retracer l'origine de chaque schéma, identifier chaque déclencheur. Et continuer à réagir exactement pareil.
Parce que la compréhension intellectuelle et le changement de comportement automatique sont deux processus distincts, logés dans des zones différentes du cerveau. L'un n'entraîne pas l'autre automatiquement.
C'est précisément là qu'intervient la sophrologie.

6. Ce que la sophrologie apporte que la seule volonté ne peut pas faire

Le corps comme porte d'entrée du changement

Les habitudes de caractère ne vivent pas que dans la tête : elles vivent dans les tensions musculaires, dans les postures, dans les réflexes du système nerveux, dans les schémas de respiration. Quelqu'un qui "a toujours été anxieux·se" a aussi un corps en mode vigilance permanente, une respiration qui ne descend jamais vraiment dans le ventre, des épaules qui ne se posent jamais complètement.
La sophrologie entre par cette porte, celle que la volonté seule ne peut pas ouvrir. En travaillant d'abord sur le relâchement corporel, la respiration consciente, la détente musculaire progressive, elle crée les conditions physiologiques nécessaires pour que quelque chose d'autre puisse s'inscrire.

L'état sophroliminal : quand la plasticité cérébrale est maximale

En état sophroliminal, cet espace de conscience entre veille et sommeil propre à la sophrologie, quelque chose de particulier se produit : les circuits habituels s'assouplissent, les défenses automatiques perdent de leur rigidité, et la plasticité cérébrale atteint un niveau qu'elle n'a pas en état de vigilance ordinaire.
C'est dans cet état que de nouvelles expériences intérieures peuvent s'inscrire différemment, sans se forcer ni se convaincre. C'est en vivant, dans le corps et dans les images intérieures, que quelque chose de nouveau, une réaction différente, un état de calme authentique, une façon d'être en relation qui n'est pas celle de l'automatisme peuvent s'inscrire.

Créer de nouveaux automatismes : la sophrologie comme reprogrammation

C'est ce que j'appelle la reprogrammation par l'expérience. Non pas changer ce qu'on pense de soi, mais changer ce qu'on ressent dans son corps quand on se retrouve face à une situation difficile.
Séance après séance, des ressources nouvelles s'ancrent : le calme comme état de base plutôt que l'alerte, la confiance comme point de départ plutôt que le doute, la souplesse dans la réaction plutôt que l'explosion ou le repli. Ces nouvelles ressources ne remplacent pas d'un coup les anciennes. Elles coexistent d'abord, puis progressivement, à force de répétition, elles deviennent le nouveau chemin préférentiel du cerveau.

Désinstaller les anciennes applications, en choisir de nouvelles

Pour reprendre l'image du téléphone : la sophrologie ne formate pas votre appareil. Elle ne supprime pas qui vous êtes ni ce que vous avez vécu.
Elle vous aide à identifier les applications qui tournent en arrière-plan sans votre accord, celles qui consomment votre énergie, déclenchent vos réactions automatiques, sabotent vos relations ou votre bien-être sans que vous l'ayez vraiment choisi. A les fermer consciemment. Et à en installer de nouvelles, choisies par vous, qui correspondent à qui vous êtes vraiment aujourd'hui, et non à qui vous deviez être pour survivre hier.

La colère de Julien, un exemple parmi tant d'autres

Julien avait 43 ans et se décrivait comme "quelqu'un d'explosif, de toujours aussi stressé qu'à 20 ans". Il était convaincu que c'était son tempérament, peut-être héréditaire : son père était pareil. Au fil des séances, quelque chose s'est progressivement modifié. Pas spectaculairement, pas d'un coup. Mais de façon mesurable. Il s'est mis à reconnaître les signaux de montée de tension avant qu'ils ne débordent. Puis à choisir une réponse différente, de plus en plus souvent. Huit mois plus tard, il m'a dit une phrase que je n'oublie pas : "Je crois que je ne suis pas explosif. J'ai juste appris très tôt que c'était le seul moyen qu'on m'entende."

7. Par où commencer : trois questions à vous poser

Avant même de travailler avec un sophrologue ou un thérapeute, il y a un premier pas possible : observer, sans jugement, les comportements que vous attribuez à votre "caractère".

  • Question 1 : dans quelles situations ce comportement apparait-il ?
    Avec quelles personnes, dans quels contextes ? Un comportement vraiment génétique serait universel. Un comportement appris a des déclencheurs précis. Si vous êtes colérique uniquement avec certaines personnes, dans certaines situations, dans certains états de fatigue : ce n'est pas votre nature. C'est un automatisme contextualisé. Et un automatisme contextualisé, ça se travaille.
  • Question 2 : quand ce trait de caractère a-t-il commencé à être utile ?
    Quelle situation passée répondait-il ? Cette question n'est pas toujours facile à répondre seul, et elle mérite parfois un accompagnement. Mais elle ouvre souvent quelque chose d'important : la reconnaissance que ce comportement, aussi gênant soit-il aujourd'hui, a eu une fonction. Il a protégé, adapté, permis de tenir. Le reconnaître, c'est déjà commencer à s'en libérer autrement que par la force.
  • Question 3 : si c'était une application, laquelle installeriez-vous à la place ?
    C'est la question qui fait peur et celle qui libère en même temps, parce qu'elle ouvre un espace que la croyance "je suis comme ça" ferme systématiquement : celui du choix.
    Un choix progressif, soutenu, travaillé. Celui qui dit : je ne suis pas condamné à cette réaction. Je peux en construire une autre : pas à la place de qui je suis, mais en ajout, en complément, en évolution.

C'est ça, changer : ne pas se renier mais se compléter.

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Caroline Couder est sophrologue - Cabinet à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme Ardèche)- certifiée RNCP depuis 2011, fondatrice de Happy New Life. Elle accompagne adultes, enfants et adolescents sur des problématiques de stress, burn-out, troubles du sommeil, anxiété, préparation aux examens, phobie scolaire, soutien face à la maladie et douleurs chroniques, troubles alimentaires et dysmorphie. 

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