Pourquoi la santé mentale mérite le même regard que la santé physique
Il y a quelques jours, j'ai obtenu mon brevet de secouriste en premiers soins en santé mentale, délivré par PSSM France, l'association française qui porte ce programme international reconnu dans 51 pays et qui a formé plus de 8 millions de personnes dans le monde.
Cette formation m'a traversée, confirmé des convictions que je porte depuis des années, et mis des mots précis sur quelque chose qui me tient profondément à coeur : le fait que la santé mentale est encore, aujourd'hui, traitée comme un sujet à part. Un sujet qui dérange, qui fait peur, dont on parle à voix basse.
Il est temps que ça change.
Intervenir en premier secours physique et mental
Imaginez la scène. Quelqu'un s'effondre dans la rue. Son coeur s'est arrêté. En quelques secondes, des passants se mobilisent. L'un appelle le 15, un autre commence un massage cardiaque. Un troisième court chercher le défibrillateur. Les gestes sont précis, appris, répétés. Personne ne reste immobile en se disant "je ne veux pas me mêler de ça" ou "il va sûrement s'en sortir tout seul".
Maintenant imaginez une autre scène. Quelqu'un dans votre entourage ou dans la rue s'effondre psychologiquement. Il parle de ne plus vouloir vivre. Ou il est pris d'une attaque de panique si intense qu'il ne peut plus respirer. Ou il traverse un épisode dissociatif qui l'a coupé du monde réel. Ou bien il sort d'un choc traumatique si violent qu'il ne dort plus depuis des semaines.
Que faites-vous ? Que dites-vous ? Que ne dites-vous surtout pas ?
La plupart d'entre nous restent figés, gênés ou Inquiets de mal faire. Alors on détourne le regard, on minimise, on rassure maladroitement, on change de sujet.
On apprend le massage cardiaque. Pourquoi pas les premiers secours en santé mentale ?
C'est exactement la question que pose PSSM France depuis sa création en 2018. Les Premiers secours en santé mentale sont des modules de formation reconnus à l'échelle internationale et fondés sur des recherches médicales. Ils donnent aux individus les connaissances, les compétences et la confiance nécessaires pour soutenir un ami, un membre de la famille ou un collègue confronté à un problème de santé mentale ou à une crise.
La logique est simple, imparable, et pourtant encore trop peu répandue :
si on forme des millions de personnes aux gestes qui sauvent la vie physique, pourquoi ne ferait-on pas la même chose pour la santé mentale ?
Ce que la formation PSSM apprend concrètement
Reconnaitre les crises de santé mentale
Tout comme un secouriste apprend à reconnaitre les signes d'une crise cardiaque, d'un AVC ou d'un infarctus, le secouriste en santé mentale apprend à identifier les situations de crise psychologique. Ces situations sont plus fréquentes qu'on ne le croit, et elles touchent des gens ordinaires, dans des contextes ordinaires.Les pensées et intentions suicidaires : pas seulement les situations extrêmes, mais aussi les signaux plus discrets, les phrases qui semblent anodines et ne le sont pas, les comportements qui changent.
- Les crises psychotiques : ces moments de rupture avec la réalité qui peuvent terrifier l'entourage, qui nécessitent une présence calme et une orientation rapide vers les professionnels.
- Les états de choc post-traumatique : après un accident, une agression, un événement violent. Le corps et le mental qui se figent dans une boucle que les mots habituels ne parviennent plus à atteindre.
- Les attaques de panique : intenses, physiquement douloureuses, souvent vécues par la personne comme une crise cardiaque imminente. Et pour l'entourage qui ne sait pas ce que c'est : déstabilisantes, inquiétantes, souvent mal gérées.
- Les crises liées à la consommation de substances : alcool, drogues, médicaments. Des situations complexes, chargées de jugement moral et de méconnaissance, alors qu'elles appellent avant tout une réponse humaine et orientée.
- Les comportements agressifs liés à une détresse : quand la violence est le seul langage disponible pour quelqu'un qui souffre et ne sait pas comment le dire autrement.
Ce que le secouriste fait, et ce qu'il ne fait pas
Le secouriste en santé mentale n'est pas un thérapeute. Il n'est pas là pour soigner, diagnostiquer ou résoudre. Il est là pour parer à l'urgence en attendant les secours mais aussi faire le pont : entre la personne en crise et l'aide professionnelle dont elle a besoin.
Le rôle du secouriste en santé mentale
- c'est écouter sans juger.
- Poser les bonnes questions sans avoir peur des réponses.
- Rester présent sans fuir.
- Et orienter, au bon moment, vers les bons professionnels.
C'est exactement ce qu'un secouriste physique fait : il ne remplace pas le chirurgien. Il maintient la personne en vie le temps que les secours arrivent. Et ce geste-là, en santé mentale aussi, peut tout changer.
Il n'y a pas de santé sans santé mentale : le tabou qui coûte cher
Quand le corps souffre, on consulte. Quand l'esprit souffre...
"Il n'y a pas de santé sans santé mentale." La promotion du bien-être psychique et la prévention des troubles qui peuvent affecter les personnes sont devenus des enjeux prioritaires de santé publique. Parce que la santé mentale doit sortir du champ du tabou.
Pourtant le tabou est là, tenace. Quand quelqu'un a une fracture, il va aux urgences. Personne ne lui dit "t'as qu'à te ressaisir" ou "c'est dans ta tête". Personne ne change de sujet gêné quand il raconte son opération.
Quand quelqu'un fait une dépression, une crise d'angoisse sévère ou traverse un épisode psychotique : combien de fois entend-il le contraire ? "T'es trop sensible." "Tout le monde a des problèmes." "C'est juste du stress, ça va passer." "T'as pas besoin de médicaments, t'as juste à changer d'état d'esprit."
Ces phrases ne viennent pas de la malveillance. Elles viennent de la méconnaissance, de la peur, et d'une culture qui a longtemps séparé le corps de l'esprit comme s'ils n'étaient pas logés dans le même être.
Des chiffres sur la santé mentale qui parlent
30% des Français ont dans leur entourage une personne qui souffre d'un trouble de santé mentale.
Un Français sur quatre sera touché par un trouble de la santé mentale à un moment de sa vie.
Un sur quatre, ce n'est pas une minorité, ce n'est pas "les autres". C'est vous, moi, votre collègue, votre parent, votre enfant, votre ami.
La santé mentale n'est pas un sujet de spécialiste réservé aux cas graves. C'est un sujet de société, de famille, de quotidien.
Et pourtant, on continue à former massivement aux gestes qui sauvent le corps, et très peu aux gestes qui sauvent l'esprit.
Ce que cette formation change pour moi, et pourquoi elle vous concerne
Marie, secouriste avant de le savoir.
Je pense à cette mère qui m'a appelée un soir parce que son fils adolescent avait dit quelque chose qui l'avait glacée. Elle ne savait pas quoi faire, quoi dire, si elle devait en parler à quelqu'un ou garder ça dans la famille. Elle avait peur de mal réagir, peur que son fils lui en veuille si elle alertait, peur de dramatiser, peur de ne pas assez dramatiser.
Ce que la formation PSSM donne, c'est exactement ce dont elle avait besoin : pas des réponses toutes faites, mais un cadre. Une façon d'aborder la conversation. Les mots qu'on peut dire et ceux qu'on évite. La certitude qu'on peut aider sans être thérapeute, et qu'en parler ne rend pas les choses pires.
Ce que ça change dans ma pratique de sophrologue
En tant que sophrologue, je ne suis pas psychiatre ni psychologue. Je le dis clairement. Mais je suis souvent le premier interlocuteur que des personnes en souffrance osent contacter, parce que la sophrologie est perçue comme moins "lourde" qu'un suivi psy, moins stigmatisante, plus accessible.
Ce brevet me donne des outils supplémentaires pour reconnaitre quand quelqu'un traverse quelque chose qui dépasse le cadre sophrologique, pour ne pas passer à côté d'une situation sérieuse, et pour orienter vers les bons professionnels de façon claire et bienveillante.
Il me donne aussi une légitimité renforcée pour parler de santé mentale ici, sur ce blog, avec vous.
Il n'y a pas de honte à ne pas aller bien
La phrase que tout le monde devrait entendre
PSSM France lutte contre la stigmatisation des troubles psychiques et les préjugés dont sont victimes les personnes atteintes de troubles de santé mentale.
Cette stigmatisation tue, au sens littéral. Parce qu'elle empêche les gens de demander de l'aide. Parce qu'elle les fait souffrir en silence pendant des mois, des années, alors que des solutions existent. Parce qu'elle fait peser une honte sur quelque chose qui n'est pas une faiblesse de caractère mais une réalité biologique, psychologique et sociale.
Vous ne diriez pas à quelqu'un qui fait un infarctus : "t'as qu'à respirer un peu, ça va aller." Vous ne diriez pas à quelqu'un qui a un cancer : "arrête de te plaindre, c'est dans ta tête." Alors pourquoi le dire à quelqu'un qui souffre psychologiquement ?
Sophrologie et santé mentale : deux niveaux de soin complémentaires
La sophrologie n'est pas un substitut à la psychiatrie ou à la psychothérapie. Elle ne prétend pas traiter les troubles de santé mentale sévères. Mais elle est un espace précieux, complémentaire, qui accompagne les personnes dans leur capacité à se réguler, à retrouver des ressources, à traverser des périodes difficiles avec plus d'outils.
Elle travaille sur le corps, sur le souffle, sur la conscience de soi. Elle apprend à reconnaitre ses propres signaux de détresse avant qu'ils ne débordent. Elle construit une forme de résilience intérieure qui protège, sans remplacer ce qui doit être traité par ailleurs.
La santé mentale, comme la santé physique, mérite une approche à plusieurs niveaux : prévention, premiers secours, soin, accompagnement au long cours. Chaque professionnel a sa place dans ce parcours. Et chaque citoyen formé aux premiers secours en santé mentale est un maillon de plus dans une chaine qui sauve des vies.
Et vous, sauriez-vous quoi faire ?
"Avoir une conversation peut tout changer. Sauriez-vous quoi dire ?" C'est la question que pose PSSM France. Elle est simple. Et la réponse, pour la plupart d'entre nous, est honnêtement non.
Pas parce qu'on ne tient pas aux gens qu'on aime. Mais parce qu'on n'a pas appris. Parce qu'on a grandi dans une culture qui valorise la résistance et minimise la souffrance psychologique. Parce qu'on a peur de mal faire et qu'on préfère ne rien faire. Et parce que parfois ça impressionne aussi.
La formation PSSM change ça. Elle existe partout en France, pour tout le monde, quel que soit le niveau ou le parcours. Je vous encourage sincèrement à vous y former, ou à en parler autour de vous.
Pour aller plus loin
- Si vous voulez vous informer sur les Premiers Secours en Santé Mentale ou trouver une formation près de chez vous : rendez-vous sur pssmfrance.fr.
- Si vous traversez vous-même une période difficile, et que vous cherchez un espace pour mettre des mots sur ce que vous vivez, retrouver des ressources, apprendre à vous réguler : je suis là.
- En séance individuelle au cabinet à Saint-Paul-Trois-Châteaux le vendredi, en visio ou à domicile. 60 euros la séance.
- En atelier de groupe, le jeudi matin : gestion du stress, des émotions et de l'anxiété.
- A votre rythme depuis chez vous, avec les kits de sophrologie en ligne sur happynewlife.fr.
Caroline Couder, sophrologue certifiée RNCP depuis 2011, secouriste en santé mentale certifiée PSSM, Cabinet Happy New Life, Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), happynewlife.fr